VOLVIC (63)
Château de Tournoël


Existant depuis le début du XIème siècle, le château de Tournoël est à cette époque la possession d'un seigneur connu sous le nom de Bertrand de Tornoil. Mentionné dans le cartulaire de Sauxillanges entre 994 et 1049, ce personnage habitait probablement à l'époque une simple motte féodale en bois. Son descendant direct, également prénommé Bertrand, est connu de nos jours pour s'être emparé vers 1070 de l'église de Cébazat. Faisant amende honorable et rendant à l'évêque Durant de Clermont cette belle église, il était revenu en grâce (charte de 1076) auprès du comte Robert II d'Auvergne lorsqu'il mouru vers 1080. Héldine, sa mère, ainsi que son fils et deux seigneurs locaux finalisèrent les démarches de restitution de l'église et des trésors de Cébazat. Par la suite, ces turbulent seigneurs se firent totalement oublier et, pendant près d'un siècle, aucun document ne mentionne leur nom ou le château. A la date de 1190, le château revint au comte Guy II d'Auvergne qui s'en porta acquéreur (les détails de cette acquisition demeurent encore de nos jours inconnus). En contrepartie, le comte Guy fit d'importantes donations à la chartreuse des Portes située dans l'Ain (acte de donation daté de 1190).

Tout aussi belliqueux que ces prédécesseurs les seigneurs de Tournoël, le comte Guy II fut, dès 1195, en lutte ouverte avec le roi de France Philippe II Auguste. La guerre que se livrait ce dernier avec Richard Coeur de Lion fut l'occasion pour Guy II de se ranger du côté Anglais. Faisant emprisonner son propre frère Robert, évêque de Clermont, qui était resté fidèle au roi de France, il s'empara également des abbayes de Mozac (en 1211), Marsat et Royat. Devant le danger que constituait un personnage aussi tumultueux, le roi de France envoya, dès 1211, une armée menée par Guy de Dampierre. Combattant pendant près de trois ans contre le comte d'Auvergne et ses vasseaux, Guy de Dampierre réussi à s'emparer de nombreux châteaux et forteresses de la région. En 1213, il met le siège devant Tournoël qui est défendu par Gualéran de Corbelles. Ce dernier réussit à tenir le château jusqu'en décembre 1213 mais dû capituler après que le futur Guillaume X d'Auvergne (le propre fils de Guy II) et Albert de la Tour-du-Pin (son neveu) soient capturés par les troupes royales lors d'une sortie. Devenu connétable d'Auvergne après ce fait de guerre, Guy de Dampierre obligea le comte Guy II d'Auvergne à se retirer en Combrailles et à abandonner son château. Mort en 1224, ce dernier laissa à son fils Guillaume X le soin de récupérer le château et les terres.



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Suivant la voie de son père, Guillaume se ligua avec quelquse seigneurs voisins et réclama ses terres jusqu'à ce qu'une partie de son domaine lui soit rendu en 1230 par le roi saint-Louis (un minuscule territoire autour de la ville de Vic-le-Comte). Face à une telle détermination, Archambault de Dampierre (fils du connétable) fut forcé de se démettre de ses fonctions en 1229. Devenue vacante, la place de comte d'Auvergne fut donnée en apannage à Alphonse de Poitiers qui la reçu dès 1225 et en prend possession en 1241. Après la mort d'Alphonse survenue en août 1270 lors de la huitième croisade, le château revint au roi de France Philippe le Bel qui le conserva jusqu'en 1306. A partir de cette date, le roi l'échangea avec les seigneurs de Maumont contre le château de Chalucet dans le Limousin. Un acte signé à Paris en février 1313 entre les deux parties ratifie cet échange. Tout aussi turbulent que ces prédecesseurs, Pierrre de Maumont, le nouveau seigneur de Tournoël, était l'un des principaux créanciers des seigneurs de Thiers. N'hésitant pas à rançonner une bonne partie de la population, il dû être rappelé à l'ordre par le roi Philippe le Bel. Mort en 1345 sans enfant mâle, il laisse à sa fille unique Marthe le château et les terres environnantes.

Marié à Géraud de La Roche, elle eu de celui-ci un fils nommé Hugues de La Roche qui épousa, en 1343, Dauphine Rogier, comtesse de Beaufort. Brillant homme de guerre, Hugues de la Roche s'illustra à diverses reprises contre les anglais qui occupaient une bonne partie de l'Auvergne et du Limousin. Mettant le siège devant le château de Tournoël, les troupes anglaises ne semblent pas avoir essayé de le prendre d'assaut et il fut donc épargné. Grâce à ses fait d'armes et à son alliance avec la famille des Rogier (deux de ses membres étaient les papes Grégoire XI et Clément VI), Hugues de la Roche fut nommé tour à tour gouverneur du Comtat-Venaissin, capitaine-général de la basse-Auvergne (en 1359) et, enfin, grand-chancelier de France en 1383. Mort cette même année, il fut de son vivant à l'origine des travaux du donjon, de la tourelle d'escalier et de la partie sud-ouest du château. Par la suite, le domaine passa à son fils, Nicolas de la Roche (mort en 1428) puis, au fils de celui-ci, connu sous le nom de Jean de la Roche. Ce dernier s'illustra également contre les anglais et fut fait chevalier en 1420. Mort en 1424, il laissa un fils prénommé Antoine. C'est à ce dernier que l'on doit la construction des grandes écuries et la restauration quasi complète du château (modernisation de la distribution intérieure, installation de larges baies afin d'augmenter l'éclairage...).




Marié en 1448 à Jeanne de la Vieuville, il fut comme son père et son grand-père avant lui, un brillant homme de guerre. Resté fidèle au roi Charles VII, il fut nommé par celui-ci conseiller et chambellan de la cour. Mort avant 1502, il laissa un fils Jean de la Roche à la tête du domaine. A son tour sans descendence mâle, ce dernier céda le chateau aux d'Albon lors du mariage de sa fille Charlotte de la Roche avec Jean d'Albon. Réalisant à son tour de nombreux travaux, Jean d'Albon fut à l'origine de la construction de la tour des Miches et de quelques modifications dans la basse-cour. Par mariage toujours, le château passa aux barons d'Apchon qui s'en rendirent pocésseur lors du mariage de Marguerite d'Albon (fille de Jean) avec Arthaud IV de Saint-Germain, baron d'Apchon en 1519. Charles d'Apchon, leur petit-fils, était connu pour être fervant royaliste. Rejoignant l'armée du roi Henri III dès 1582, il se retrouve assiègé dans son château en 1590 par le marquis de Canillac. Réussissant avec ses amis de la ligue à pénétrer dans le château, il s'en empare en mars 1594 et le pille presque entièrement. De nouveau assiègé par les troupes royalistes en 1596, le château est gravement endommagé par les canons qui créent une brèche dans le donjon et détruisent une bonne partie du front d'attaque. Passant à Charles de Montvallet lors de son mariage avec Gabrielle d'Apchon, le château fut cédé à la famille de Naucaze après l'assassinat de Pierre de Montvallet en 1724. Laissé à l'abandon jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, il fut acheté pour 160 000 livres par Guillaume-Michel de Chabrol-Tournoël en 1770. Conservé par cette famille jusqu'en 1996, il est aujourd'hui la propriété de la famille Aguttes.




Posé sur un éperon rocheux culminant à 603 mètres de haut, le château de Tournoël reste une très belle ruine malgré les destructions subies au fil des siècles. La tour à canon, qui précède la forteresse sur le côté sud, est une réalisation du début du XVIème conçu par Jean d'Albon, Souvent appelé tour des Miches, cette tour d'artillerie est une construction en pierre à bossages en demi-boulet munie de cannonières à la française. Au delà de cette première ligne défensive, on retrouve une enceinte basse equipée de trois portes. Ces portes construites entre le XIIème et le XVIème siècle sont toutes pourvues d'échauguettes. L'une d'entre-elles, intégrée dans l'enceinte basse au XVIème siècle, est de nos jours murée. Une fois la rampe d'accès franchie, on pénètre à l'intérieur du château en passant par une dernière porte donnant sur la cour noble. Cette porte est, en fait, un petit chatelet d'entrée rajouté au XVIème siècle. Sur la droite se dessine la masse rectangulaire de l'ancien donjon du XIIème siècle. Cette construction primitive de plan carré fut presque totalement modifiée durant la Renaissance. Elle s'élève sur plusieurs étages et se termine par une terrasse crênelée.




La cour intérieure du château, au centre du monument, est bordée de constructions d'époque gothique. Deux tourelles d'escalier permettent l'accès aux différentes pièces du château. Celle accolée à l'ancien donjon carré est ornée de superbes décorations gothiques. La porte, surmontée d'un tympan armorié, permet l'accès aux différents niveaux de la tour. Au-dessus de la porte, les fenêtres sont munies d'accolades et de feuilles de choux frisées ainsi que des fleurons bien dans l'esprit du XVème siècle. La galerie qui jouxte cette tourelle fut aménagé dans la première moitié du XVIème siècle par la famille d'Albon. Constituée de deux niveau, elle permettait l'accès au logis et à la chapelle. Tout autour de la cour intérieure se déployait un ensemble de pièces aussi diverses que les cuisines, la citerne, les chambres et la grand'salle.
Dominant l'ensemble du château par sa hauteur, la tour maitresse est une construction du XIIIème siècle reprise en partie au XIVème siècle. La proue en éperon pentagonal qui précède cette tour s'appuie sur la roche et forme une sorte d'enceinte autour de celle-ci. De forme cylindrique, cette tour est en partie ruinée. On y voit un couloir à archère percé dans la maçonnerie de la partie supérieure. Le niveau intermédiaire est doté d'un chemin de ronde à machicoulis des plus étranges.