SOUVIGNY (03)
Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul



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C'est vers 915 que le sire Aimard de Bourbon, lieutenant du duc d'Aquitaine, cède ses terres de Souvigny à l'abbaye de Cluny. De cette époque, et de l'église qui existait alors, il ne nous est rien parvenu. Au cours du Xème siècle, une forte communauté de moines développe l'église et ses dépendances. Ce dévellopement est encore accentué avec la venue (puis la mort en 994) du père abbé de l'ordre qui prendra le nom de Saint-Mayeul. Un pélerinage en faveur du saint sera rapidement instauré. C'est pour cette raison qu'il fût décidé d'agrandir l'église. Des travaux d'agrandissement et de voûtement de la nef furent entrepris. On édifia aussi une nouvelle façade avec deux tours et, pour finir, un nartex fût ajouté afin de contenir les pélerins venus honorer le saint. En 1049, Odilon de Mercoeur, père abbé de l'ordre de Cluny, décide de venir finir ses jours ici afin de reposer aux cotés de Saint-Mayeul. Odilon sera lui aussi sanctifié au bout de peu de temps. Souvigny devint donc un double lieu de pélerinage. C'est probablement pour cette raison que l'église fût consacrée en 1064 par le légat du pape qui effectua à cette occasion la translation des restes de Saint-Odilon. Pour faire face à l'affluence des visiteurs toujours plus nombreux, une deuxième campagne de travaux fût entreprise entre le XIIème et le XIIIème siècle. Ainsi donc, on rajouta deux nouveaux bas-côtés à la nef qui comportait désormais cinq allées. Puis, ce fût le choeur que l'on dota de cinq chapelles rayonnantes. Pour finir, on érigea deux flèches aux sommets des tours de la façade ainsi qu'une tour surmontant le transept.
A la fin du XIVème siècle, l'église romane était dans un tel état de délabrement que Geoffroy Chollet, prieur de Souvigny depuis 1424, entreprit de gros travaux de restauration qui allaient modifier considérablement l'aspect du monument. Il fit appel pour cela à un architecte nommé Maignon (celui-ci était l'architecte du duc Louis II de Bourbon). Il entreprit l'édification d'une chapelle vieille de style gothique abritant le tombeau de Louis II mort en 1410 et de sa femme Anne d'Auvergne. Jean Poncellet, son successeur à la tête des travaux fût chargé, vers 1430, d'édifier une chapelle neuve afin d'y installer le tombeau du duc Charles Ier et de sa femme Agnès de Bourgogne. On lui confia également les travaux d'édification du cloître, de restauration de la nef et du choeur ainsi que la refonte complète de la façade occidentale qu'il transforma en une façade monumentale de style gothique. Par la suite, peu de changements sont à constater mise à part la création d'une sacristie baroque en 1772 et l'installation d'orgue du facteur Clicquot en 1783. Il faut attendre 1792 et les troubles révolutionnaires pour que les saints et les ducs qui reposaient ici soit chassés de ces lieux. A cette même époque, on détruisit le cloître, les flèches de la façade et la tour de la croisée du transept. Depuis peu, une communauté de l'ordre de Saint-Jean s'est installée ici. Dans l'une des granges du prieuré est installée depuis quelques années le musée de la ville dans lequel on peut voir un magnifique calendrier de pierre datant du XIIème siècle.





Une grande partie du monument relève du style gothique. La façade occidentale, qui fût refaite au début du XXème siècle, dispose d'un portail flamboyant composé de piédroits, de colonnettes et de niches surmontées par des daies. Le tympan est encadré par un réseau de fines voussures surmontées d'une archivolte. Une première balustrade fait la liaison entre deux pinacles ornés de fleurs. Au-dessus de cette balustrade, le mur de la façade fût percé d'une baie trêflée de style flamboyant. Une deuxième balustrade, de même style que la première, complète la physionomie de la façade. Au-dessus de celle-ci s'élève les deux tours datant de l'époque romane.
Une grande partie du flanc gauche date de la même époque et fût surmontée d'un étage gothique avec baies ajourées et arcs de décharge. Le flanc droit est en grande partie de style gothique. Ces baies sont ornées de lancettes et de motifs trêflés. Le transept gauche est sans conteste la plus belle partie de l'édifice puisqu'il abrite la chapelle neuve de style flamboyant. Un savant jeu de lancettes et de roses en décore les deux baies. Le portail, qui date de la même époque, possède deux petits pinacles reliés par un jeu de voussures et une archivolte fleuronnée. Le transept droit est, pour sa part, beaucoup moins intéressant puisqu'il fût grandement restauré au cours des XVIIIème et XIXème siècles.
Le chevet, qui a conservé une partie de sa structure romane (notamment au niveau des chapelles rayonnantes), est, malgré tout, en grande partie gothique. On retrouve de cette époque les arcs-boutant ainsi que les baies géminées, les gargouilles et la balustrade qui ceinturent l'ensemble du chevet.
Du cloître édifié au XVème siècle, il ne reste qu'une galerie voûtée d'arêtes reposant sur des piliers ayant une curieuse disposition. Un ancien portail monumental datant de 1670, appelé également porterie, se signale par ses armoiries et son dôme surmontant une tour carrée.






Dessin du XIXème siècle par Viollet-le-Duc dans L'Encyclopédie Mediévale
Les grandes dimensions de l'intérieur sont assez surprenantes pour un édifice construit à la campagne. La nef, qui est la seule partie de l'église à être entièrement romane, a conservé son double bas-côté. L'allée centrale est voutée d'ogives et repose sur des fenêtres hautes soutenues par des grandes arcades. Une partie des bas-côtés repose sur une voûte en berceaux, l'autre est voûtée d'ogives. Quelques très beaux chapiteaux, comme celui des moines monnayeurs, ornent les colonnes de la nef et du transept. En arrivant dans celui-ci, on constate qu'il est dépourvu de bras, qu'il est voûté d'ogives et qu'il est éclairé par de grandes baies flamboyantes.
Afin de contenir le tombeau du duc Louis II de Bourbon , celui-ci ordonna dès 1376 la construction d'une chapelle vieille. Cette chapelle est ceinturée d'une clôture en pierres ornée de pilastres, d'arcs trilobés et quadrilobés joints par de fins pinacles. A l'intérieur de cet enclos, l'un des murs est décoré de niches flamboyantes. La voûte repose sur des culots sculptés. Le tombeau du duc et de sa femme se trouve au centre de cette petite chapelle. De l'autre côté du transept, on retrouve la chapelle neuve construite pour le duc Charles Ier vers 1430. Elle est composée de deux parties : l'une romane et l'autre flamboyante. La partie romane correspond à l'ancien transept de l'église. La partie gothique fût édifiée par Jean Poncellet pour abriter le tombeau du duc et de sa femme. Une clôture finement ciselée encadre l'ensemble de la chapelle. Elle est constituée d'un réseau de lancettes décorées de pot à feu et d'autres emblêmes ducaux. L'intérieur est admirable avec sa voûte en étoile et son tombeau ducal. La décoration de la chapelle est constituée de toute sorte d'emblêmes tels l'escargot, le gland ou le chardon.
Le choeur est entouré d'un déambulatoire. Il date de l'époque romane mais une grande partie du décor et la disposition générale fûrent reprises durant la période gothique. Les colonnes fûrent ornées de chapiteaux à feuillage et à crochet. Le déambulatoire fût voûté d'ogives et les baies fûrent ornées de vitraux vers 1438. Du déambulatoire, on débouche sur une sacristie baroque. Des peintures roccoco et des boiseries sont disposées dans celle-ci.




Parmi tous les monuments se trouvant à l'intérieur de l'église, il faut citer en premier lieu le tombeau de saint Mayeul datant du milieu du XIIème siècle. Il est encastré dans l'un des murs de la nef et est constitué d'une succession d'arcades finement décorées et surmontées de statues ayant hélas perdu leur tête (ce qui ne facilite pas leur identification).
Au débouché de la nef est conservé une armoire à relique datant du XVème siècle. Elle est constituée de quatre panneaux en bois sur lesquels sont peint les vies de saint Mayeul et de saint Odilon. Un décor en pierre de style flamboyant encadre ces panneaux.
Dans la chapelle vieille se trouve conservé le tombeau du duc Louis II et de sa femme Anne d'Auvergne. Ce gisant comprend un soubassement en pierre blanche sur laquelle court une frise ornée de feuillages de blasons et de ceintures d'espérance. Les sculptures du duc et de son épouse ont la tête posée sur des coussins. Le duc porte une armure avec une épée et une dague. Ces pieds sont posés sur un chien au collier fleurdelisé. La duchesse est habillée d'un surcot et d'une robe serrée par une ceinture d'orfèvrerie. Ses pieds sont posés sur deux chiens entrecroisés.
La chapelle neuve conserve, quant à elle, le tombeau du duc Charles Ier de Bourbon et de sa femme Agnès de Bourgogne. Tout laisse à croire qu'il est l'oeuvre de Jacques Morel. Ce tombeau est constitué d'une table en marbre noir reposant sur des niches évidées qui contenaient probablement des pleurants. Le gisant du duc repose sur deux lions. Il porte une cotte de maille, une cape maintenue par un collier et une épée à son côté. La duchesse est habillée d'un surcot et d'un collier.
D'autres monuments, tels une mise au tombeau, oeuvre de Michel Collomb et datant du XVème siècle, une piéta ou une Vierge à l'Enfant du XVème siècle, sont également visibles dans la chapelle neuve.
Enfin, la nef abrite des orgues conçues par François Clicquot en 1783.

Dessin du XIXème siècle par Viollet-le-Duc dans L'Encyclopédie Mediévale